Au bout de 10 ans, la médiation commence à porter ses fruits

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Nous vous l’avions annoncé à demi-mot lors d‘un précédent article sur ce blog:

Un nouveau tournant a été pris dans les relations entre représentants des arboriculteurs et représentants des riverains.
Un excellent reportage réalisé par Julie Radenac, de France 3 Pays de Corrèze, présente ce changement important annonciateur de mesures à venir.

Mais l’un des points essentiels de ce reportage est sans conteste l’annonce de la création d’une adresse mail officielle pour toute personne désireuse de voir mettre en place des mesures de protection autour ou a proximité de chez elle:

 pref-phytomediation@correze.gouv.fr

Nous vous invitons à regarder ce reportage de quelques minutes,

A noter que c’est le premier reportage avec une communication tripartite,
                 Riverains / Arboricutleurs / Pouvoirs Publics

A gauche,  Laurent Rougerie, Pdt du Syndicat de défense de l’AOP Pomme du Limousin – A droite, Laurent Cyrot, Directeur Départemental Adjoint des Territoires – Au centre, Fabrice Micouraud, Porte parole ALLASSAC ONGF et Administrateur GF

Toutefois, pour éviter toute caricature, raccourcis et autres déformation ou analyse tronquée  de la réalité, il nous semble important de décrypter ce reportage.
C’est également l’occasion de résumer notre position qui, in fine, n’a pas changé depuis le début de nos actions , il va y avoir bientôt 10 ans!!

Sur le contexte:

Après moult actions et interventions auprès des pouvoirs publics, des politiques, des antennes de Santé (Ars, Anses), de plusieurs ministères et la réalisations plusieurs dizaines de reportages télévisés tant sur le plan régional que national,une mobilisation citoyenne a permis de faire entendre notre inquiétude vis à vis de la dangerosité des Pesticides.

La situation entre les représentants des riverains et des arboriculteurs a atteint son paroxysme après la diffusion d’un reportage d’Envoyé Spécial « Peut on encore manger des Pommes » mais aussi après l’annulation de la marche citoyenne d’Allassac, prévue dans le cadre de la semaine pour les alternatives aux pesticides  en raison, selon les pouvoirs publics, de risques importants de troubles à l’ordre public.

Face à cette impasse, deux stratégies se présentaient à nous:

– Poursuivre nos actions en déposant plainte pour entrave à la liberté d’expression, avec le risque de créer un nouveau blocage de la situation
ou
– Exiger la mise en place de discussions sous l’égide des autorités.

Cette deuxième solution a été retenue et nous voulons nous en féliciter.

Ainsi, quelques jours après l’annulation de la marche,  une rencontre a rassemblé à la Sous Préfecture de Brive les représentants des principales associations concernées:
ALLASSAC ONGFGENERATIONS FUTURESLES AMIS DE LA TERRE et l‘ASSOCIATION ALERTE DES MÉDECINS SUR LES PESTICIDES ainsi que les représentants de la filière ARBORICOLE au travers notamment du Président du syndicat de défense de l’AOP Pomme du Limousin:
Il est important de noter que Paul François, Agriculteur et Pdt de Phyto-Victimes, vainqueur de Monsanto, était présent à chacune de ces médiations et à jouer un rôle majeur de facilitateur dans les échanges.
Cette réunion, suivie de plusieurs autres, permet aujourd’hui de communiquer sur ces premières mesures qui, il faut le souligner, ne sont pas une fin en soi.

Il est important de le dire.

Les mesures présentées, que nous saluons, s’inscrivent comme des mesures d’urgence mises en place en attendant celles qui s’installeront dans la progressivité.

Sur le reportage:

D’entrée de jeux, la présentatrice pose une question essentielle:
Peut on concilier « Pesticides, Santé et Pression économique »?

Question intéressante dont la réponse pourrait tenir en une autre question:
« Peut on mettre dans la même balance la santé et l’économie » ?
ou encore
« La bonne santé économique des uns doit elle primer sur la santé sanitaire des autres »?

Réponse: Pour nous, il n’a jamais été question de porter atteinte à l’économie de cette filière mais de faire en sorte que celle-ci prenne en compte les risques sanitaires inhérents à l’utilisation des pesticides!
Nous saluons la prise de conscience qui semble voir le jour.
En effet, après avoir participé avec des associations comme PHYTO-VICTIMES, à l’évolution des pratiques chez les agriculteurs, nous sommes heureux d’entendre ces derniers aujourd’hui déclarer: « L’objectif est que tout le monde prenne mieux en compte ces éléments là ».
Nous voulons croire en la sincérité de ces propos et tout nous y encourage, y compris les nombreux contacts que nous avons avec des agriculteurs  qui, suite à des problèmes de santé, se rapprochent de nous.

Pour la présentatrice, et de l’aveu même des arboriculteurs, la problématique réside dans la dérive.

Cette dérive, si besoin en était, est aujourd’hui attestée par des études scientifiques, des analyses d’air. Mais surtout elle est reconnue par les arboriculteurs qui sortent enfin du déni.

Comme le précise un arboriculteur au cours de ce reportage, ils ont obligation de maîtriser la dérive et doivent mettre en oeuvre tous les moyens appropriés pour y parvenir. …article 2 de l’arrêté du 12 septembre 2006

Mais attention… Il y a la dérive visible et la dérive invisible:

Pour en savoir plus sur la dérive, également appelée la volatilisation:

L’exposition résidentielle aux pesticides agricoles se fait lors de la pulvérisation à proximité des habitations mais aussi des heures, voire des jours, après la pulvérisation par différents mécanismes physico-chimiques.

1 – Volatilisation pendant la pulvérisation:
Elle se manifeste pendant et immédiatement après la pulvérisation quand le vent ou la machinerie souffle les gouttelettes, les poussières ou les gaz hors les limites du champ. Cette dérive peut se déplacer sur des distances assez longues.
Les haies et les filets proposés sont une solution permettant de limiter cette dérive, sous réserve d’être mis en place selon un protocole bien précis qui fera l’objet de fiches techniques élaborées par la DRAAF et le soutien de la Chambre d’Agriculture.
 Il est bien évident que nous serons vigilants quant à la performance de ces moyens de protection comme les filets. De même, nous veillerons à la composition des haies qui pour être efficaces devront répondre à des critères précis concernant le nombre de rangs (2 ou 3) et les différents essences végétales utilisées, dont certaines sont susceptibles de retenir jusqu’à 60% des odeurs . 

2 – Volatilisation post – pulvérisation 
Après avoir été pulvérisés, les pesticides peuvent être stockés et se gazéifier puis se déplacer sur des distances très longues. Ce phénomène est très difficile à caractériser du fait de sa nature gazeuse. Après la pulvérisation, de forts vents peuvent souffler créant ainsi des nuages de poussières contaminés et se redéposer plus loin sur les habitations, les routes, les jardins privés et peuvent aussi être inhalés directement par les riverains, les promeneurs et les usagers des routes et chemins dans le secteur des zones traitées. Ce nuage peut aussi être le résultat d’une réaction physico chimique, provoquée par la chaleur, généralement au-dessus de 25°.

Face à la volatilisation  post-pulvérisation, les haies et les filets ne peuvent alors avoir un qu’un effet limité en terme de protection et de ce fait doivent être complétés par d’autres mesures, comme les zones tampons. 

Mais, au delà  encore de toutes ces mesures, celles immédiates comme les filets, les haies et l’information* préalable aux traitements, celles plus progressives comme les zones tampons, il est impératif de changer rapidement et en profondeur les méthodes de culture pour pouvoir espérer éliminer les pesticides les plus dangereux et diminuer de manière drastique les quantités et nombres de traitements chimiques . Cela restant notre objectif final dans l’intérêt de tous, agriculteurs, riverains, consommateurs…
 A titre d’exemple, la problématique majeure dans le verger du Limousin serait la tavelure.
Celle-ci est souvent accusée d’être responsable du nombre important de traitements chimiques. Alors pourquoi ne pas voir se développer davantage les mesures préconisées par l’INRA, comme la diversification variétale sur le rang, ou encore, les baches anti-carpo et mieux encore, les baches anti-pluie?

Selon certains arboriculteurs les utilisant, associées à d’autres méthodes de prophylaxie, ces dispositifs permettraient d’abandonner tous les traitements à base de fongicides anti-tavelure qui sont connus pour leurs effets cancérogènes suspectés comme le DELAN WG.

Ces méthodes à l’essai depuis 2010 et mises en application par trop peu d’arboriculteurs devraient se généraliser et seraient sans conteste plus agronomiques et plus acceptables que le Pommier OGM que certains lobbies voudraient bien voir arriver dans nos régions.

Idem en ce qui concerne le désherbage chimique qui n’est pas une fatalité. Il pourrait être décidé d’y renoncer. Les alternatives existent.
Cette vision agronomique pourrait éventuellement être défendue dans les prochaines réunion du plan ecophyto 2018…euh…Non, 2025!

*L’information préalable au traitement est déjà expirémentée en Limousin et fera l’objet de discussions au cours de la prochaine rencontre. Elle est également mise en oeuvre dans la viticulture, notamment dans le Médoc et donne des résultats intéressants. Elle permet d’identifier les traitements à risque notamment par rapport aux produits cancérigènes suspectés et de prendre des dispositions en conséquence notamment par rapport avec les enfants qui éviteront,ce jour là et les suivants, d’aller « gambiller » en bordure des vergers 

En résumé:

Au travers ce reportage de France 3 Corrèze, nous voulons saluer la prise de conscience des arboriculteurs concernant la nécessité de mettre en place des mesures d’urgence pour limiter les risques liés à la dérive, mais nous les exhortons à aller plus loin, plus vite.

Il n’y a donc dans ce reportage tripartite, ni complaisance, ni démagogie excessive, ni faiblesse dans nos convictions avérées et encore moins de compromission
En revanche, il y a la volonté sincère de quelques personnes de créer un climat propice au dialogue indispensable à la prise de mesures de protection et de réduction des pesticides.
En effet, il ne peut y avoir d’avancées concrètes si chacune des parties fait preuve de manichéisme militant ou corporatiste. En effet nous ne sommes pas dans une simple confrontation du bien contre le mal, ce qui serait trop simple, et sommes heureux de pouvoir sortir de ce débat là, en personnes responsables que nous sommes.
Que les plus exigeants se rassurent, nous veillerons à ce que les mesures à venir, dont certaines déjà annoncées comme la mise en place de manches à air, soient à la hauteur de nos attentes en matière de protection et de prévention des risques liés à l’exposition aux pesticides.
La mobilisation Limousine contre les pesticides (et non contre les agriculteurs) a depuis bientôt10 ans fait des émules et se structure aujourd’hui à travers toute la France. Nous restons engagés et force de propositions dans ce domaine, y compris au niveau National.

Nous invitons tous ceux qui se sentent concernés par ces questions de santé publique qui touchent toute la population, et non seulement les riverains, à nous rejoindre au sein de nos associations.
Nous sommes ravis que des Chefs d’exploitations, comme des ouvriers agricoles (y compris arboriculteurs), souvent au travers des membres de leurs familles nous aient déjà rejoints ou se soient rapprochés de PHYTO-VICTIMES .

Pour tout renseignement:
06.50.22.42.62
allassac.ongf@orange.fr
http://www.ongf.org/

mais aussi :
http://www.generations-futures.fr/campagnes/victimes-des-pesticides/

Et n’oubliez pas, si vous souhaitez la mise en place de mesure de protection envoyez une demande à l’adresse Mail :

 pref-phytomediation@correze.gouv.fr

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